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Délégation de pouvoir : la Cour de cassation rappelle les conditions d’effectivité

Dans un arrêt rendu le 6 janvier 2026 - Pourvoi n°25-80.542, la Chambre criminelle de la Cour de cassation a rappelé avec fermeté les conditions strictes d’effectivité d’une délégation de pouvoir en matière de santé et sécurité au travail. Cette décision s’inscrit dans le cadre d’une affaire d’homicide involontaire sur un chantier, où la responsabilité pénale de la directrice générale d’une société a été retenue malgré une prétendue délégation de pouvoir à l’un de ses collaborateurs.

Les faits et la problématique
Un salarié, a trouvé la mort après avoir été blessé par une foreuse sur un chantier. La société et sa directrice générale ont été poursuivies pour homicide involontaire et manquements à la réglementation sur la sécurité des travailleurs. En première instance, la directrice générale avait été déclarée coupable d’avoir employé des travailleurs non autorisés à conduire des équipements à risques, mais relaxée des autres chefs d’accusation. La cour d’appel de Paris, saisie en appel, a confirmé sa culpabilité en retenait notamment l’ineffectivité de la délégation de pouvoir consentie à l'un de ses collaborateurs.

Pourquoi la délégation de pouvoir a-t-elle été jugée inefficace ?
La Cour de cassation valide le raisonnement des juges du fond : une délégation de pouvoir ne peut être opposable que si elle est concrète, effective et accompaniée des moyens nécessaires. Dans cette affaire, la cour a relevé que directrice générale s’était immiscée dans les missions déléguées à son collaborateur (validation de changements techniques, signature des autorisations de conduite, etc.) ;

Le délégataire ne disposait pas de la compétence, de l’autorité ou des moyens suffisants pour assurer la mission de sécurité (fiche de poste inadaptée, absence de formation spécifique mentionnée) ;

La subdélégation opérée par la directrice générale n’avait pas été validée par le délégant initial, et le collaborateur n’était pas intégré dans la chaîne de responsabilité.

La Cour en conclut que la délégation était artificielle, privant Mme la directrice générale de la possibilité de s’exonérer de sa responsabilité pénale.  Cet arrêt rappelle aux dirigeants et responsables que :

  • Une délégation de pouvoir doit être formelle, précise et assortie des ressources nécessaires (compétence, autorité, moyens).
  • Toute immixtion dans les missions déléguées (même indirecte) peut annuler l’effet de la délégation et engager la responsabilité du délégant.
  • La validation par le délégant initial est un élément clé pour sécuriser une subdélégation.

En pratique : Pour éviter tout risque juridique, les entreprises doivent documenter rigoureusement leurs délégations de pouvoir (écrit, signatures, descriptions des missions) et s’assurer que les délégataires disposent des compétences et moyens adéquats.

À méditer : Dans un contexte où la responsabilité pénale des dirigeants est de plus en plus engagée, cet arrêt souligne l’importance de ne pas se contenter d’une délégation "cosmétique".

La banalisation des presque accidents ?

Dans beaucoup d’entreprises, les presqu’accidents sont encore trop souvent ignorés. 

  • “Il ne s’est rien passé…”
  • “Ce n’est pas grave…”
  •  “On verra plus tard…”

Pourtant, en prévention, une règle est bien connue : Chaque accident grave est précédé de dizaines de presqu’accidents non traités.  Un presqu’accident est un signal d’alerte. L’ignorer, c’est laisser le risque s’installer.

C’est quoi un presqu’accident ?

C’est un événement imprévu qui aurait pu provoquer un dommage, mais qui, par chance, n’en a pas causé.

PRESQUE

Exemples concrets :

  • Un outil tombe près d’un collègue
  • Une glissade sans blessure
  • Un câble dénudé repéré à temps
  • Une machine qui s’arrête brutalement

👉 Pas de blessé… mais un danger bien réel.

Pourquoi sont-ils si peu déclarés ?

Parce que sur le terrain, on retrouve souvent :

  •  Peur d’être sanctionné
  • Manque de temps
  • Culture du silence
  • Absence de système simple de remontée
  • Pression sur la production
  • Pensée erronée : “tant qu’il n’y a pas d’accident, tout va bien”

👉 C’est précisément là que se crée l’accident futur.

Pourquoi traiter les presqu’accidents est essentiel ?

  •  Prévenir les accidents avant qu’ils arrivent
  •  Identifier les failles organisationnelles
  •  Renforcer la culture sécurité

  •  Impliquer les équipes terrain

  •  Réduire les coûts liés aux arrêts, blessures et dégâts matériels
  •  Répondre aux exigences ISO 45001 / démarche QHSE

Approche simple et actionnable (5 réflexes terrain)

  1. Déclarer systématiquement tout presqu’accident
  2. Sécuriser immédiatement la situation
  3. Analyser la cause racine (5 Pourquoi, Ishikawa…)
  4. Mettre en place une vraie action corrective
  5. Partager le retour d’expérience avec l’équipe

Objectif : transformer chaque presqu’accident en opportunité d’amélioration.

👉 Message clé QHSE

  • Un presqu’accident n’est pas une chance.
  • C’est un avertissement.
  • Ne cherchez pas des coupables.
  • Cherchez des causes.
  • Corriger l’effet protège aujourd’hui.
  • Traiter la cause protège durablement.

👉 En résumé

Une entreprise mature en QHSE ne mesure pas seulement ses accidents… Elle écoute surtout ses signaux faibles.

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En quelques mots

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