Nous devons nous préparer aux bouleversements liés à l’IA dans notre vie professionnelle
Si l’on entend par « métiers touchés » les métiers dont une partie importante des tâches peut être automatisée ou profondément modifiée, on peut établir un ordre chronologique assez logique. Il faut cependant éviter de confondre métier exposé à l’IA et métier appelé à disparaître : l’OIT (Organisation Internationnale du Travail) estime que la transformation des emplois est beaucoup plus probable que leur suppression pure et simple. Environ un emploi sur quatre dans le monde présente déjà un certain degré d’exposition à l’IA générative.
Déjà fortement touchés : 2023–2026
Ce sont logiquement les métiers dont le travail se fait presque entièrement devant un ordinateur et consiste à manipuler du texte, des chiffres, des images ou des données.
Secrétariat et administratif : assistants administratifs, secrétaires, opérateurs de saisie, gestion documentaire, traitement de courriers et comptes rendus.
Comptabilité courante : aides-comptables, saisie comptable, rapprochements simples, facturation, paie. Les professions administratives restent celles présentant les niveaux d'exposition les plus élevés selon l'OIT.
Rédaction et traduction : rédacteurs web, traducteurs généralistes, correcteurs, rédaction de fiches produits ou de contenus standardisés.
Service client de premier niveau : réponses aux e-mails, chats, FAQ, centres d'appels et SAV simple.
Communication et marketing : rédaction publicitaire, publications sur les réseaux sociaux, newsletters, études de mots-clés.
Graphisme de production : création de visuels simples, détourage, déclinaisons graphiques, illustrations et certaines tâches de montage vidéo. Le Forum économique mondial note d'ailleurs que les graphistes apparaissent désormais parmi les professions dont les employeurs anticipent le déclin, ce qui n'était pas le cas dans son étude précédente.
2025–2028 : les professions intellectuelles commencent à être fortement transformées
C'est probablement la phase dans laquelle nous entrons actuellement.
Développeurs et informaticiens : génération de code, correction d'erreurs, documentation, tests et création d'applications simples. Cela ne signifie pas la disparition des développeurs : paradoxalement, le Forum économique mondial prévoit toujours une forte croissance de l'emploi des développeurs, alors que leurs méthodes de travail sont profondément transformées.
Comptables, contrôleurs et auditeurs : analyse d'anomalies, contrôle de pièces, préparation de rapports et rapprochements automatisés.
Juristes et assistants juridiques : recherches documentaires, analyse de contrats, rédaction de premiers projets et synthèses de jurisprudence.
Ressources humaines et recrutement : présélection de CV, rédaction d'offres, recherche de candidats, préparation d'entretiens.
Analystes financiers et conseillers en investissement : analyse documentaire, comparaison d'entreprises, synthèse de données financières. L'OIT constate justement que leur exposition à l'IA a augmenté depuis 2023.
Marketing, communication et commerciaux sédentaires : prospection, analyse des prospects, propositions commerciales, présentations et suivi automatisé des clients.
2027–2030 : cadres et experts
C'est probablement là que l'évolution sera la plus surprenante.
Les consultants, chefs de projet, ingénieurs, experts financiers, responsables commerciaux et managers ne seront vraisemblablement pas remplacés dans leur ensemble, mais une part beaucoup plus importante de leur travail préparatoire pourra être réalisée par une IA.
Un cadre pourra par exemple demander :
« Analyse ces 2 000 factures, identifie les anomalies, compare les fournisseurs et prépare-moi trois scénarios de négociation. »
Ce qui nécessitait auparavant plusieurs journées de travail pourra parfois être produit en quelques minutes, puis contrôlé par un humain.
L'OCDE constate d'ailleurs quelque chose d'assez contre-intuitif : les professions intellectuelles qualifiées figurent aujourd'hui parmi les plus exposées à l'IA, notamment les informaticiens, les professionnels des affaires, les dirigeants et certaines professions scientifiques et techniques.
2028–2035 : santé, enseignement et professions fortement réglementées
L'IA prendra progressivement en charge certaines tâches des médecins, radiologues, pharmaciens, enseignants, formateurs, architectes et ingénieurs spécialisés.
Mais ici, la responsabilité humaine constitue un frein majeur à la substitution.
Un médecin pourra disposer d'une IA extrêmement performante pour analyser un dossier médical, mais quelqu'un devra toujours prendre la décision, l'expliquer au patient et en assumer la responsabilité.
Même phénomène pour l'enseignement : préparation de cours, corrections et accompagnement individualisé pourront être largement automatisés, sans que cela signifie nécessairement la disparition du professeur.
L'OCDE considère précisément que les capacités actuelles de l'IA restent beaucoup plus éloignées des professions exigeant jugement contextuel, compréhension interpersonnelle, décisions complexes et responsabilité.
Après 2030 : les métiers physiques, avec l'arrivée de la robotique
C'est une différence importante.
ChatGPT et les IA actuelles menacent beaucoup plus facilement un travail de bureau qu'un plombier.
Pour transformer réellement les métiers physiques, il faut associer l'IA à la robotique.
Seront progressivement concernés : préparateurs de commandes, manutentionnaires, certains opérateurs industriels, caissiers, chauffeurs, livreurs, agents d'entretien, employés de restauration rapide et certains métiers agricoles.
Mais le calendrier est beaucoup plus incertain car manipuler le monde physique est infiniment plus compliqué que manipuler un document Word.
Et les métiers probablement protégés le plus longtemps ?
Curieusement, ce ne sont pas nécessairement les métiers ayant nécessité le plus d'études.
Un plombier, électricien, couvreur, mécanicien, aide-soignant, infirmier, éducateur, coiffeur ou artisan est actuellement beaucoup plus difficile à remplacer intégralement qu'un salarié réalisant exclusivement des tâches intellectuelles numériques.
Le Forum économique mondial prévoit d'ailleurs d'ici 2030 une forte croissance de nombreux métiers de soins, de l'éducation, de la construction et de terrain, alors que les métiers administratifs et de saisie figurent parmi ceux qui devraient le plus diminuer.
Le bouleversement le plus important pourrait donc être celui-ci :
Pendant les précédentes révolutions industrielles, les machines ont d'abord remplacé la force physique.
Avec l'IA, pour la première fois, l'automatisation commence massivement par le travail intellectuel.
Et cela pourrait modifier assez profondément notre conception de ce qu'est un métier « protégé ».